Projets / Contrats

CrimScapes

(coordination scientifique France : Mathilde Darley)

Le projet européen CrimScapes (Norface/ANR), associant des équipes allemande, polonaise, finlandaise et française, explore l’application croissante du droit pénal, des mesures de contrôle de la criminalité et des imaginaires de la légalité / de l’illégalité au sein des politiques européennes contemporaines. Il s’efforce de saisir de manière analytique les motivations, les défis et les implications de la criminalisation pour les acteurs et pratiques qui (re)façonnent les paysages de la criminalisation et leur enchevêtrement (CrimScapes). A partir de différents matériaux (archives, littérature secondaire, enquêtes ethnographiques et entretiens), les membres du projet développeront les chronologies généalogiques de sept « Crimscapes » européens (de la consommation de drogue, de la migration, du travail du sexe, de la maternité de substitution, du contexte carcéral, des identités LGBT et du discours de haine).

 

Étude relative à la délinquance des mineurs à Montreuil

(2020-2021, financement Ville de Montreuil), Jacques de Maillard, Aline Daillère.

Selon la demande formulée par la municipalité de Montreuil (93), l’étude se donne pour objet de réaliser un état des lieux visant à connaître l’état de la délinquance des mineurs dans la ville, afin de mettre en œuvre des politiques de prévention adaptées. Il s’agit, en partenariat avec l’institution judiciaire, de s’intéresser aux mineurs « entrés » dans l’activité pénale du tribunal compétent (TGI de Bobigny), afin de connaître le nombre d’individus concernés, les faits pour lesquels ils sont poursuivis, les réponses pénales apportées, ainsi que leurs trajectoires socio-pénales. L’intérêt de cette étude est, outre l’analyse de l’activité pénale du tribunal relative aux mineurs, d’envisager la délinquance des mineurs dans son contexte large et de replacer la commission de l’infraction dans un environnement (personnel, familial, scolaire) et dans une trajectoire. Nous supposons en outre que l’examen de dossiers judiciaires permettra de collecter des données sociologiques qui ne pourraient être obtenue autrement (données sociologiques rares).

 

Citizenship Futures

(2019-2021, coordination scientifique France Carole Gayet-Viaud, avec Josué Gimel, post-doctorat CESDIP-UVSQ et Lilian Lahieyte, post-doctorat CESDIP-UVSQ)

Ce projet EqUIP/ANR réunit des équipes française, britannique et indienne autour d’une enquête ethnographique portant sur la culture politique, le sens de l’appartenance et de la citoyenneté de populations défavorisées réputées éloignées du politique. Alors qu’on associe fréquemment les positions les plus défavorables dans l’échelle sociale avec un imaginaire politique dominé par la peur, le ressentiment, la défiance, l’apathie et le repli sur soi (certaines analyses faisant d’ailleurs de la faiblesse des aspirations et des engagements politiques des plus défavorisés un facteur de perpétuation des inégalités), nous explorons ici le rapport au politique en nous demandant comment la vision de leur place, leurs aspirations et leurs ambitions en tant que citoyens contribuent à forger (ou non) des « politiques de l’espérance » (Appadurai, 2013). Il s’agit donc d’étudier analytiquement et empiriquement les imaginaires politiques et la diversité des formes d’engagement, tels qu’ils se développent parmi les catégories défavorisées, au Royaume-Uni, en France, et en Inde, à partir d’enquêtes ethnographiques comparatives, visant à documenter les modes de politisation ordinaire (depuis le rapport ordinaire à la « grande société » et à la chose commune, jusqu’aux formes de mobilisation). L’ambition est d’éclairer la façon dont se constituent à la fois des paysages de possibles et des capacités d’action, et dont se dessinent, y compris chez les populations réputées les plus éloignées du politique, un sens de l’avenir en tant qu’individus et en tant que citoyens.

 

Les corps-témoins. Pour une sociologie politique du traitement des restes humains (CORTEM),

Projet ANR, 2019-2022.

Site Web : https://cortem.hypotheses.org/

CORTEM s’intéresse au traitement controversé des morts jugés aujourd’hui socialement problématiques, au point de faire l’objet de controverses sur des scènes tant nationales qu’internationales : il peut s’agir des corps des victimes de crimes de masse, des migrants morts au cours de leur traversée, ou encore de condamnés à mort exécutés dans des conditions douteuses. Le point commun de ces corps est d’avoir historiquement relevé des cadavres « infâmes » – ceux des ennemis, des criminels, des indigents ou des étrangers au sens large – que les États ont traditionnellement refusé d’honorer au même titre que ceux des pleins citoyens.

Le projet CORTEM constate en premier lieu que ces corps habituellement délaissés sont aujourd’hui l’enjeu de controverses à des échelles multiples – nationales, locales, et de plus en plus, transnationales. Dans cette perspective, l’objectif principal du projet est d’étudier sociologiquement ces controverses, et de décrire l’émergence, à la faveur de ces disputes, de nouveaux collectifs qui assurent l’expertise, la qualification et le traitement des restes humains délaissés par les États souverains. Ces collectifs affirment par là même leur prétention à qualifier et traiter les morts violentes par-delà cette souveraineté, et par-delà les monopoles revendiqués par les Etats sur la violence létale, et sur la gestion des cadavres qu’elle produit. Cet objectif principal se décline en une série d’objectifs intermédiaires : dans le cadre d’une sociologie de l’expertise, il s’agit tout d’abord d’identifier les acteurs engagés dans les controverses, et les techniques et savoirs (médico-légal, juridique, religieux) qu’ils mobilisent à propos des restes humains problématiques. Il s’agit également, en complément, d’analyser quel travail ces acteurs effectuent pour identifier ces corps, mais aussi pour les qualifier médicalement, juridiquement ou moralement. Il s’agit, enfin, de décrire comment ces collectifs d’acteurs sont interconnectés à l’échelle transnationale, à travers la circulation des experts eux-mêmes, mais aussi des savoir-faire et des technologies qu’ils utilisent.