La traite des êtres humains saisie par les institutions

Le projet de recherche « ProsCrim. La traite des êtres humains saisie par les institutions. Une comparaison France / Allemagne » (ANR-13-FRAL-0014-01) a été lancé le 1er septembre 2014. Coordonné par Mathilde Darley (CNRS-CESDIP-Centre Marc Bloch Berlin) et Rebecca Pates (Université de Leipzig, Allemagne), il bénéficie d’un co-financement par l’Agence nationale de la recherche (ANR) et la Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG). L’équipe interdisciplinaire du projet est composée de chercheurs et post-doctorants français et allemands spécialistes des questions de traite, prostitution et/ou traitement policier des déviances. Elle inclut, outre les coordinatrices, Gilles Favarel-Garrigues (CNRS-CERI), Milena Jaksic (CNRS-ISP), Fabien Jobard (CNRS-Centre Marc Bloch Berlin), Gwénaëlle Mainsant (Post-doctorante), Lilian Mathieu (CNRS-ENS Lyon) et Nadege Ragaru (CNRS-CERI) pour l’équipe française ; Anne Dölemeyer (Université Leipzig), Christiane Howe (Université Humboldt Berlin), Julia Leser (Université Leipzig) et Daniel Schmidt (Université Leipzig) pour l’équipe allemande.

 

Projet ProsCrim - traite des prostituées

Le projet ProsCrim, d’une durée de 36 mois, vise à interroger les interactions entre prostituées migrantes et institutions chargées de leur contrôle et/ou prise en charge au regard des mécanismes de catégorisation institutionnelle s’y déployant. Il s’agit notamment de s’intéresser au rôle particulier que revêt, dans ces interactions et les catégorisations qui s’y opèrent, la qualification de « victime de la traite » au prisme de laquelle il semble que la prostitution de femmes étrangères soit souvent envisagée par les discours médiatiques et politiques dominants. La mise en perspective de deux régimes différenciés de régulation de la prostitution (réglementariste en Allemagne et abolitionniste en France) doit permettre, dans un contexte de recherche souvent prisonnier de débats nationaux très clivés autour des politiques de régulation du commerce sexuel, d’interroger le poids du cadre légal sur les pratiques d’administration mises en œuvre localement.

L’équipe interdisciplinaire et internationale du projet entend contribuer à enrichir les travaux disponibles à travers une démarche méthodologique originale alliant analyse du cadre légal national et international d’une part et ethnographie des pratiques étatiques et associatives de contrôle et/ou de prise en charge des prostituées étrangères d’autre part. La confrontation entre discours et pratiques visera notamment à mettre à jour la manière dont sont (ou non) mobilisées, dans les interactions quotidiennes avec les « publics » visés, les catégories prévues par le cadre légal, et notamment ici celle de « victime de la traite ».

Le cas particulier de la traite, et la dichotomie entre victime / coupable qui traverse son appréhension par les institutions, permettra alors d’affiner la compréhension des mécanismes d’administration de la preuve (entre dossiers recevables et irrecevables) à travers la mise en évidence du caractère souvent contradictoire des critères/normes/règles sur lesquels un street level bureaucrat peut simultanément ou successivement s’appuyer pour opérer ce travail de tri. Ce faisant, il s’agira, au-delà du cas particulier de la traite, de chercher à saisir les évolutions de l’action publique (envisagées ici dans le domaine de la sécurité) et d’inscrire ainsi les analyses déployées dans un ensemble de recherches plus vaste articulé autour de la sociologie de l’Etat et de ses agents.