Surveillance et technologies

Il s’agit d’un nouveau pôle de recherche mené au CESDIP sous l’impulsion principale de trois chercheurs, un politiste historien (P. Piazza), un politiste (F. Ocqueteau) et un ingénieur spécialiste des enjeux du cybercrime et de la cyberdéfense (D. Ventre). Ces chercheurs ont été également rejoints par les travaux de T. Le Goff sur la vidéosurveillance. Leurs travaux et préoccupations scientifiques se sont rejoints ces dernières années, et se poursuivront durant toute la période quinquennale.

1. Les technologies de surveillance discrète

Les travaux de Pierre Piazza s’attachent selon une entrée principalement socio-historique à l’analyse de la diffusion internationale des technologies du bertillonnage et, au-delà, aux logiques propres du contrôle exercé – via le fichage, le recensement, l’encartement, etc. – à l’encontre de certaines populations (délinquants, « transportés » dans les bagnes coloniaux, « nomades », « Français musulmans d’Algérie », etc.). Cet intérêt se porte aujourd’hui sur les nouvelles technologies de contrôle et de surveillance telles que vidéosurveillance, systèmes de géolocalisation, data mining dans le domaine bancaire, drones, etc. P. Piazza, J.-M. Berlière ou L. López ont travaillé ensemble sur la naissance de ces technologies, marquées par la figure de Bertillon. Anthony Amicelle a poursuivi au CESDIP ses travaux doctoraux sur la surveillance des échanges financiers.

2. Les stratégies nationales de cybersécurité et cyberdéfense

Les travaux de Daniel Ventre (ingénieur d’étude) ont donné une impulsion décisive à cet axe scientifique. Ses travaux sont notamment centrés sur l’analyse des politiques et stratégies nationales de cybersécurité et cyberdéfense, et à sa contribution aux théories des relations internationales, en particulier de la guerre, réflexions qui s’inscrivent dans une logique de recherche comparative internationale. L’étude de l’objet nécessite également une approche résolument pluridisciplinaire : internationalistes, sociologues, juristes, informaticiens, stratégistes. Premier titulaire de la Chaire de Cybersécurité et Cyberdéfense des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (sur financement de Sogeti et Thalès) en 2012, D. Ventre rassemble autour de cette chaire une communauté nationale et internationale de chercheurs, experts, industriels et acteurs gouvernementaux sur ces questions. Les actions de la Chaire consistent en l’organisation de colloques internationaux, l’animation de réseaux thématiques, la publication d’articles scientifiques et de vulgarisation, la mise en place de programmes de formation pour les grandes écoles et écoles d’ingénieur. Affecté au CESDIP en 2011, Fr. Ocqueteau, spécialiste des fichiers constitués et exploités à des fins de sécurité et, au-delà, des échanges numériques, s’est joint à D. Ventre dans une perspective plus centrée sur les perspectives policières et judiciaires.

3. Les usages controversés des fichiers

Dans une veine plus sociologique, le CESDIP s’intéresse en effet aux usages controversés des fichiers constitués et exploités à des fins de sécurité, qu’il s’agisse par exemple d’instruments mobilisés dans le cadre hexagonal comme le fichier des infractions constatées (fichier policier STIC) ou bien d’outils à caractère supra-national comme les bases de données biométriques récemment mises en œuvre à l’échelon européen (EURODAC, VIS, SIS II, etc.). Ainsi, Fr. Ocqueteau s’est efforcé d’œuvrer à ce que des balises et des repérages soient mis au point dans un champ de connaissances encore peu défriché en France : le crime, la sécurité et la défense dans le cyberespace. L’objectif consiste à baliser et à séparer des problématisations proliférantes autour de la protection de l’intimité privée face aux menaces de traçabilité généralisée ; des défis liés aux technologies de surveillance étatiques dans le domaine de la souveraineté nationale et notamment des guerres de l’information dans le cyberespace ; enfin, d’approfondir la connaissance autour des détournements des outils, et des résistances citoyennes.

P. Piazza et A. Ceyhan (maître de conférences à Science Po Paris) ont proposé une réflexion collective autour de L’identification biométrique (Paris, MSH, 2011), à laquelle a pris part Fr. Ocqueteau, en montrant notamment les limites du déterminisme scientifico-technologique au secours du flair policier dans l’identification des auteurs par les polices scientifiques. Enfin, P. Piazza et X. Crettiez ont proposé une synthèse socio-historique de la carte nationale d’identité.

4. Les usages de la vidéosurveillance

Dans le cadre de ses fonctions de chargé d’étude à l’IAU Île-de-France, Tanguy Le Goff a mené plusieurs études transformées en publications portant sur les usages de la vidéosurveillance dans les lycées et les espaces publics ainsi que sur la construction de cet outil en politique publique d’État (voir notamment dans Déviance et Société, 2009). La dernière étude produite sur le sujet porte sur le rôle des opérateurs municipaux travaillant dans les centres de supervision urbaine. Sur la base de l’observation du travail des opérateurs, durant plus de 100 heures au sein de deux salles de contrôle, nous avons analysé en quoi consiste ce nouveau métier de surveillance à distance et quelles en sont les coulisses. Par cette perspective d’analyse, cette étude s’inscrit dans la lignée des recherches de type ethnographique visant à observer les pratiques professionnelles quotidiennes des principaux utilisateurs d’une technologie pour appréhender ce qui se joue dans le circuit de production de la sécurité. Outre une présentation en anglais (dans le cadre d’un colloque international The State Of Surveillance), cette recherche est en train de faire l’objet d’une publication dans la revue canadienne Criminologie.