Violences à l’école élémentaire

Les difficultés de construction d’un ordre scolaire

par Cécile CARRA – octobre 2009

 

Cécile CARRA, enseignante-chercheure (IUFM du Nord-Pas-de-Calais, école interne de l’Université d’Artois, RECIFES et CESDIP), mène depuis plusieurs années des recherches sur les déviances scolaires. Elle rend compte ici des principaux résultats de ces derniers travaux sur les violences à l’école élémentaire.

 

La recherche que nous présentons a pour objectif de comprendre le phénomène des violences à l’école élémentaire à partir de la manière dont elles sont vécues et perçues par les enseignants et les élèves. Dans ce qui suit, la qualification éventuellement violente des actes est laissée aux enquêtés. Ce qui apparaît violent aux enseignants et aux élèves marque alors une différence radicale avec ce qui est enregistré par les outils statistiques du ministère de l’Éducation nationale.

Par exemple, les vols n’apparaissent que très rarement dans les actes relevés comme violences par les enquêtés alors qu’ils pèsent fortement dans la violence enregistrée par les logiciels SIGNA puis SIVIS [1]. Il s’agit ainsi de rendre compte de ce qui est qualifié comme violences par les enquêtés et d’appréhender la place que prend cette dimension dans l’expérience scolaire et professionnelle. On verra alors que l’on est tout autant éloigné de la représentation d’une école assiégée que de celle d’une école comme havre de paix (point 1).

Si nombre de recherches s’arrêtent à la seule comptabilité d’actes, il s’agit ici de dépasser la mesure des violences pour faire émerger les modalités de définition et d’identification, de gestion et d’utilisation des violences relevées par les acteurs. Pour ce faire, c’est non seulement le point de vue de la victime qui a été recueilli mais aussi celui de l’auteur, tant chez les écoliers que chez leurs enseignants. Étudier au sein d’une même enquête victimes et auteurs oblige alors à rejeter l’interprétation dominante de la réalité sociale les opposant. Les frontières entre victimes et auteurs ne résistent en effet pas aux données de la recherche (point 2). Même en adoptant le point de vue des écoliers et de leurs enseignants pour définir la violence, les taux de violence obtenus par écoles à partir des déclarations des enquêtés, montrent de fortes variations.

Les caractéristiques sociales des publics scolarisés sont corrélées aux violences, ce qui permet d’arguer que les causes du phénomène sont externes. Pourtant, à caractéristiques sociales similaires, les écoles peuvent avoir des taux de violence très différents, ce qui oblige à étudier le climat d’école (point 3). La monographie d’une école se réclamant de la pédagogie Freinet montre combien ce climat d’école repose sur un fonctionnement d’équipe capable d’instaurer un ordre scolaire reconnu (point 4).

 

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