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Interview de Fabien Jobard sur les émeutes d’Amiens

par Fabien JOBARD - 20 août 2012

Pascale Egré, journaliste au Parisien, a interrogé Fabien Jobard (sociologue, directeur du CESDIP et spécialiste des questions de police et d’ordre public) sur les violences survenues à Amiens durant la semaine du 13 août 2012.

Nous vous proposons ici le texte intégral de cet échange.

Quels facteurs retrouve-t-on dans le déclenchement d’une émeute urbaine ?

Fabien Jobard. Les événements de cette nature sont toujours redevables de deux éléments : la poudre et l’étincelle. La poudre, ce sont les facteurs lourds ; l’étincelle, les causes immédiates. Les analyses statistiques sur les communes qui avaient connu des épisodes émeutiers en 2005 ont montré de fortes corrélations avec la pauvreté, mais surtout l’écart de richesse entre les quartiers et les centres-villes, le chômage mais surtout le chômage des jeunes, l’immigration récente, celle des familles trop récemment arrivées pour être déjà bien intégrées.

Et l’étincelle ?

FJ. L’étincelle, ce sont le plus souvent des incidents avec la police, avérés ou non. Cependant, il faut toujours regarder de près ce qui se passe, sur le terrain. A Amiens, il semble que l’on ne soit pas sur un schéma d’affrontement ponctuel, mais récurrent, depuis au moins un an. En 2005, certains quartiers étaient visés par des opérations de rénovation urbaine, donc de délogement et relogement, ce qui avaient nourri des angoisses fortes, et des émeutes.

Pourquoi prendre pour cible des équipements publics ?

FJ. Émotion légitime, car les jeunes ajoutent à leurs conditions de vie peu avantageuses un supplément de misère et d’abandon. Cela provoque toujours une émotion très forte. Mais les bâtiments publics incarnent la présence publique, la sphère politique. Les dégradations de biens publics, au contraire des pillages de magasins que l’on peut voir dans d’autres pays, sont l’expression d’une colère politique.

L’été n’est-il pas, en général, une période plus calme dans les quartiers ?

FJ. Non, au contraire. Au début des années 80, pour répondre aux émeutes, il y avait les « opérations anti-été chauds », qui finançaient les vacances des jeunes, ou l’animation sur place. La multiplication des opérations de plage dans nos banlieues participe de cela. Mais la crise économique, on le sait, frappe directement la capacité des familles populaires à partir en vacances.

« Insurrection », « guérilla urbaine », « guerre civile »... Ces qualificatifs sont-ils adéquats ?

FJ. Ceux qui emploient les termes de « guérilla urbaine » ou de « guerre civile » devraient aller passer quelques jours à Alep. L’exubérance verbale est souvent le luxe de ceux qui ne connaissent rien des phénomènes dont ils parlent. Cela dit, les mots sont cruciaux : violences collectives - donc phénomènes exclusivement délinquants ? Ou révoltes - donc manifestations politiques ? L’émeute urbaine mêle les deux dimensions.

Post-scriptum :

Article complet sur : http://www.leparisien.fr/faits-dive...